L’énergie solaire attire de plus en plus de Français

Face à l’envolée des prix de l’électricité fossile, l’énergie solaire séduit de plus en plus de Français. Particuliers et entreprises investissent dans des panneaux photovoltaïques et passent à l’autoconsommation au sein de leur logement et établissement pour un parc immobilier plus vert et moins énergivore.

Énergie solaire : la France double sa production en un an malgré son retard

La tendance croissante vers l’utilisation de l’énergie solaire en France est devenue plus prononcée avec une augmentation de 100% en un an. Cette croissance est motivée par la montée des tarifs électriques, incitant tant les particuliers que les entreprises à rechercher des solutions durables pour répondre à leurs besoins énergétiques, que ce soit pour leurs maisons anciennes ou leurs immeubles. Malgré cette progression, la France reste en retrait par rapport à ses voisins belges et néerlandais en termes d’autoconsommation. Un exemple concret illustrant cette évolution se trouve en Normandie, où l’usine Demgy a pris l’initiative d’intégrer des panneaux solaires photovoltaïques au sol en juin 2023. Ces panneaux fournissent désormais 15% de l’approvisionnement électrique de l’usine. Initialement motivée par la volonté de réduire l’empreinte carbone de sa production de plastiques légers pour l’aéronautique, l’usine a été incitée à accélérer son projet en raison de la hausse des coûts énergétiques. Cette accélération a révélé une rentabilité plus élevée que prévu, comme le souligne la directrice marketing, Corinne Demange.

Comment les Français produisent et consomment leurs propres énergies vertes

Depuis la crise énergétique de 2022, l’intérêt des Français pour l’autoconsommation énergétique n’a cessé de croître de manière significative. Non seulement les entreprises, mais aussi les particuliers, le secteur tertiaire et les collectivités s’engagent de plus en plus dans la production et la consommation locales d’électricité, en mettant notamment l’accent sur l’énergie solaire photovoltaïque. Cette tendance est renforcée par la possibilité de vendre l’excédent d’électricité non consommée directement à l’État via EDF. Selon Enedis, le gestionnaire du réseau de distribution électrique, parmi les 842 000 producteurs d’énergies renouvelables en France, pas moins de 437 000 sont maintenant des particuliers et de petits professionnels qui ont adopté le statut d’ « autoconsommateurs ». Ces acteurs, équipés de panneaux photovoltaïques produisant moins de 36 kilovoltampères (kVA) d’énergie solaire, jouent un rôle actif dans la transition énergétique, ce qui contribue à la diversification du paysage énergétique national.

Parc immobilier : comment l’Hexagone se met au vert grâce à l’autoconsommation

La croissance du nombre d’autoconsommateurs d’énergie solaire en France est remarquable, avec une augmentation de près du double depuis fin 2022 et une multiplication par quatre depuis fin 2020, selon une filiale d’EDF couvrant 95% du territoire. En 2023, l’autoconsommation résidentielle représentait un tiers des nouvelles installations photovoltaïques dans le pays, comme l’a souligné Daniel Bour, président d’Enerplan, le syndicat professionnel du secteur de l’énergie solaire. Selon lui, le mouvement vers l’autosuffisance énergétique est en marche, et rien n’indique qu’il va s’arrêter. Cette tendance illustre une adoption croissante de pratiques énergétiques durables et met en lumière l’importance croissante de l’autoconsommation d’énergie solaire dans le paysage énergétique français. En effet, la demande pour des logements économes en énergie est de plus en plus forte, ce qui stimule le marché immobilier. Les maisons individuelles équipées de panneaux solaires pour réduire significativement les factures d’électricité, combinées à une isolation de qualité pour limiter les pertes de chaleur en hiver et à l’utilisation de pompes à chaleur comme système de chauffage économique, sont de plus en plus prisées.

Électricité et habitat : comment peut-on rattraper le retard sur le photovoltaïque

La France a encore de grandes possibilités d’amélioration dans le domaine de la production et de la consommation de son énergie solaire propre, avec seulement 440 000 autoconsommateurs, représentant à peine 1% des 37,5 millions de clients abonnés chez Enedis. Daniel Bour, président d’Enerplan, constate un retard significatif par rapport à des pays tels que les Pays-Bas, l’Italie, l’Espagne, voire l’Allemagne. Cette situation découle en grande partie des tarifs historiquement bas de l’électricité en France. Dans les années 2010, le secteur de l’énergie solaire a également été impacté par le recul du soutien de l’État français, qui considérait l’énergie solaire comme trop coûteuse pour alimenter les bâtiments, qu’il s’agisse de maisons individuelles, d’appartements, d’immeubles ou de locaux professionnels. Les problèmes techniques et l’arrivée d’acteurs peu scrupuleux ont également entravé le développement du secteur. Daniel Bour souligne que le marché a été pratiquement anéanti, ne reprenant véritablement son souffle que dans les années 2020, stimulé par la crise sanitaire, les préoccupations climatiques et énergétiques, témoignant d’une demande croissante d' »autonomie ».

Logement : une alternative rentable et durable pour faire face à la crise énergétique

Il y a à peine un an, l’anticipation de l’hiver suscitait des inquiétudes avec plusieurs réacteurs nucléaires hors service, rappelle David Gréau, délégué général d’Enerplan. La conjoncture géopolitique ajoutait à l’incertitude sur l’avenir. L’autoconsommation d’énergie solaire du logement a émergé comme une solution rassurante, offrant une acquisition de production à long terme avec une garantie de 25 ans, le rachat du surplus sur 20 ans, et des coûts de maintenance minimes. Le phénomène n’est pas limité à une région spécifique : l’Occitanie compte plus de 80 000 autoconsommateurs, la région Paca 44 000, et le Grand Est ainsi que les Hauts-de-France totalisent près de 50 000. Enedis note également un intérêt marqué pour l’autoconsommation collective, avec une augmentation spectaculaire de 220% par rapport à 2022, comptabilisant 305 opérations à la fin de 2023. Parmi celles-ci, 181 sont portées par des collectivités et 43 par des bailleurs HLM. Effy, une entreprise orientée vers les particuliers, présente cette tendance comme une « solution anti-inflation ». Ce qui est particulièrement pertinent face à l’annonce d’une nouvelle hausse des tarifs de l’électricité par le gouvernement au 1ᵉʳ février 2024, atteignant une augmentation de 40% en deux ans.

Maison, appartement, immobilier d’entreprise : les énergies vertes, solution pour tous les budgets

Investir dans l’énergie solaire est désormais considéré comme une stratégie pour contrer la hausse des prix immobiliers tout en ajoutant une valeur durable au patrimoine, soutient Audrey Zermati, directrice stratégie d’Effy, attirant une clientèle variée, notamment jeune et aux revenus modestes. Selon elle, le temps d’amortissement s’est réduit de trois ans depuis la crise, atteignant désormais 6 à 9 ans, bien que l’UFC-Que choisir parlait en mars de rentabilité sur 20 ans. La baisse des coûts de projets, résultant de la surproduction de modules solaires chinois, exclu du marché américain, joue un rôle crucial. En matière de rentabilité, le syndicat Enerplan ne fournit pas de chiffre global, mais souligne l’importance des nouvelles habitudes des utilisateurs, qui surveillent attentivement leur production et consomment pendant les heures optimales.